UN ETRANGER DANS LA VILLE – 1982

Etranger

UN ETRANGER DANS LA VILLE
1982

Guitare et chant : Patrick Coutin
Guitare : Dan Ar Braz, Michel Sikora, Don Whamdam, Bernard Paganotti, Patrick Droguet
Basse : Bernard Paganotti, Dominique Dufour
Batterie : Pierre Alessandri
Claviers : Jacqueline Thibault
Percussions : Jean « Popov » Chevallier

Enregistré au Château d’Hérouville en 1982
Prise de son : Laurent Thibault, Patrick Droguet
Réalisation artistique : Laurent Thibault
Photos : Liliane Vittori

La petite histoire…

Après la réussite de « J’aime regarder les filles », CBS projetait une suite rapide. Ce n’est ni l’envie ni l’intention de Coutin qui dit avoir assez mal vécu l’hypocrisie du succès et veut abandonner la musique pour l’écriture (Il écrit d’ailleurs, à ce moment, « Gueule d’amour », un roman policier jamais parut).
Pourtant, il finit par se laisser convaincre de refaire un album, à la fois sur l’insistance de Epic / CBS et de Laurent Thibaut. Le Château d’Hérouville manque en effet cruellement de clients et Coutin se sent redevable de l’endroit qui à accueilli le premier album. Il compose un album sombre et angoissé, totalement désabusé, voir dégouté des résultats superficielles qu’a donné la réussite de « J’aime regarder les filles » et que résume parfaitement le petit texte qu’il met en exergue :

« J’étais là. J’attendais depuis des heures. Peut être bien des jours. Des mois, des années.
L’univers entier avait défilé sous mes yeux.
Femmes, hommes, animaux, objets du quotidien, tous les parfums, tous les tableaux, tous les livres.
L’univers entier, sans qu’un seul de ses atomes ne s’arrête devant moi.
Sauf Elle.
Je l’avais rêvée si souvent que j’aurais pu décrire chaque moment de son être sans même ouvrir les yeux. Mais je dois avouer qu’elle brillait plus encore que mes mots ne sont capables de le dire.
– Tu viens ou tu restes là, me demanda-t-elle ?
Je ne savais plus. J’avais envie de sa voix et je savais que la température de son corps était exactement celle qu’il fallait au mien pour ne plus avoir froid.
J’avais envie de rentrer au port, pourtant, je lui répondais :
– Je reste.
Ce fut comme si la nuit tombait plus vite. Elle haussa les épaules :
– La perfection n’existe pas, me dit-elle avant de s’en aller, et d’ailleurs ton rêve est loin être parfait.
Quand à moi, je murmurait dans le vent, sans doute pour qu’elle m’entende.
– Je sais mais j’ai le temps d’attendre. »

Ni CBS, ni le réalisateur (Laurent Thibault) n’aiment vraiment ces compositions. Le Studio est en mauvais état, l’ambiance de l’enregistrement glauque, le mixage du single, « Danse », est rejeté par les radios, et, la réaction du public, pour un album qui vaut par ses textes (écriture noire et sans concession, engagement politique omniprésent) ainsi que par la flamboyante présence de Dan Ar Braz, est sans ambiguïtée : trop triste, trop bizarre, manquant sans doute de la férocité et de l’humour qui ont fait le succès du premier disque. A noter dans la réédition Musidisc de 1996, l’ajout de la version démo de « Danse », et d’un inédit « Baby Baby », visiblement une version originale de la maquette.