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Industrial Blues la revue de presse INTERVIEW 99 |
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SCALPA: Alors, pour la musique, ça fait combien de temps ? Patrick COUTIN : J'ai commencé assez tard la musique, aux alentour de 17 ans, quelque chose comme ça. En même temps, j'ai fait des études de philo, pendant longtemps et puis de français, j'ai été prof dans des collèges, des trucs comme-ça.
S: Vous êtes originaire de Paris ?
PC: Non, je suis né en Afrique du Nord, en Tunisie, et j'ai passé mon enfance du côté de Saumur dans le Maine et Loire, je suis arrivé dans la région Parisienne, j'avais 13-14 ans, en 68.
S: Donc, commencement de la musique à 17 ans ?
PC: Réellement je crois que j'ai acheté ma première guitare à 17 ans, et j'ai vraiment commencé la musique très tardivement, vraiment un peu sérieusement, c'était en revenant des USA, 2 ans avant "j'aime regarder les filles". je devais avoir 25 ans. Avant je gratouillais un peu comme ça
S: Combien d'albums à ce jour ?
PC : Aujourd'hui, on doit en être à 5, le 6ème va sortir fin septembre 99, parce qu'on est un peu en retard.
S: Vos productions en ce moment ?
PC: En ce moment, je produits un mec qui s'appelle Jean-Pîerre Morgand, qui est l'ancien chanteur des Avions, et puis je vais réattaquer d'ici quelques mois le prochain album de Dick Rivers, et puis moi, j'essaye de finir mon album.
S: Vous allez tourner ?
PC: Je tourne assez régulièrement avec mon groupe que tu as peut-être vu au Glaz'art avec Franck Ridacker comme batteur, un clavier qui s'appelle, Christophe Allemand et à la basse Gilles Michel. On fait comme ça disons deux, trois concerts par mois maximum pour rôder l'album, pour être prêt le jour ou ça sortira.
S: L'album, il est fini, arrangé par Coutin?
PC: l'album est entièrement composé et arrangé par moi et par Christophe Allemand, mais il y a encore les batteries définifives que nous allons refaire à la fin, encore des petits détails, et le mixage.
S: Vous avez le titre de l'album ? Vous avez tout écrit ?
PC : J'en sais rien, ça devait s'appeler "Traces d'amour" et puis peut-être que ça s'appellera pas "Traces d'amour". Sur cet album, j'ai tout écrit, musique et paroles.
S : Combien de concerts ? (Coutin passait en concert au Glaz'art le mardi 13 octobre avec en 1ère partie J.P Morgand, et revenait en invité le jeudi 7 janvier, toujours au Glaz'art pour fêter les dix ans des Cafards)
PC : Il y a eu sept, huit concerts, tranquillement, comme ça, un peu des trucs entre copains. On joue tous les mois dans un endroit qui s'appelle Le Duc Des Lombards à Paris, on y jouera le 21 mars d'ailleurs, pour fêter le Printemps.
S : Combien d'années de galère, s'il y en a eu ?
PC : J'ai plutôt eu les années de galère Après le tube. C'est à dire que j'ai fan, "j'aime regarder les fiIIe", j'ai fait un deuxième album, et puis, je me suis fâché avec ma maison de disques qui s'appelait CBS à l'époque. Je suis resté cinq ans sans faire d'albums, c'est à dire dans l'incapacité de travailler, parce qu'ils ne voulaient pas me faire bosser, pas me payer de disques, et j'avais pas le droit d'en faire ailleurs, nous n'étions pas d'accord. Ils voulaient que je fasse des choses toujours plus commerciales, et moi j'étais dans une période ou j'avais envie de faire des choses toujours plus particulières. Et puis les hommes avaient changé à la tête de la société, donc on était pas d'accord, on s'est fâché, on s'est embringué dans un procès, et j'ai passé quatre ou cinq ans de ma vie au fond du trou quoi. Alors comme je ne pouvais travailler pour moi, c'est là que je suis devenu réalisateur Je me suis mis à travailler pour les autres.
S : Coutin a la réputation d'avoir un coeur gros comme ça, et de souvent répondre oui a une invitation, ou aide quelconque, c'est vrai ?
PC: J'ai pas des moyens très démentiels, mais ce que je peux apporter aux autres, j'essaye de l'apporter, oui.
S: Zebrock existe toujours ? Et qui est l'initiateur de Zebrock ? (Mission Rock du Conseil Général de Seine Saint-Denis)
PC: L'initiative de zebrock au départ, c'est le conseil généra. C'est un mec qui s'appelle Edgar Garcia et qui a lancé cette action, c'était le premier département à faire quelque chose pour le rock.
S: Vous les avez bien aidés ?
PC : Je les ai aidé bien-sûr, et je suis entré très tôt dedans, mais c'est pas mon idée, il faut être honnête, mais j'ai essayé d'apporter à Zebrock tous ce qu'un musicien professionnel peut apporter, c'est à dire. le carnet d'adresses, l'expérience, et j'avais bien envie de le faire. Mon batteur (Franck Ridacker) a aussi donné des cours là-bas.
S: Après la galère, réalisation de disques ?
PC : Je me suis mis à faire des disques pour les autres, puisque je ne pouvais pas chanter moimême, donc je me suis mis à travailler avec des gens comme Michel Delpech, avec des petits groupes, des copains, des inconnus, y en a que j'ai pas pu aider Puis un jour, j'ai eu un coup de chance, coup sur coup, une maison de disques m'a demandé de refaire toutes les anciennes chansons, d'un chanteur qui s'appelle Franck Allamo. Je suis donc parti aux USA pour les faire, et là dessus, j'ai fait plein d'albums à la suite, Dick Rivers, les Wampas, des artistes comme ça..
S : C'est dur de travailler avec des gens comme les Wampas ?
PC: Non, ils sont adorables, c'est un bonheur. Ils ne sont pas celèbrissimes, mais ils vivent de leur musique, ils s'éclatent, ils font la musique qu'ils ont envie de faire, je pense que c'est bien et que ça va pour eux.
S : Vous avez produit "trop, précieux" des Wampas, et le dernier "Vivre comme ça..." de Dick Rivers.
PC: Oui, j'ai produit "trop précieux" des Wampas, et les trois derniers de Dick Rivers. J'ai travaillé sur de multiples projets, mon métier c'est de diriger les musiciens, je gagne ma vie comme ça.
S: Qui rêvez-vous de produire ?
PC: Y'a plein de personnes. En français, y'a un mec, indiscutablement, que tout le monde aimerait avoir ne serait-ce qu'une fois entre les mains, c'est Johnny. Bon, c'est clair, parce que c'est une espèce de monstre sacré. Pour la réalisation, faire son disque. Des gens comme Johnny, ou autres, tu leur fais un album, clés en mains, tu leur livres, ils viennent, ils chantent. Par ailleurs, les gens avec qui j'aimerais travailler, ce qui n'est pas tout à fait pareil, c'est des gens comme les Rita Mitsouko, c'est pour moi le plus grand groupe Français, que ce soit au niveau du chant, de l'attitude, c'est du solide. Ou des gens comme Bashung pour qui j'ai beaucoup de respect, des gens comme Noir Désir qui sont un grand groupe. Et parmi les groupes avec qui j'ai l'intention de travailler, y'a Les Cafards, parce que je trouve que le Cafard version Reggae, Reggae Dub, c'est vachement intéressant, et on a le projet j'sais pas si on ira jusqu'au bout, de faire un album Reggae Dub.
S: Vous connaissez, tous les groupes de "Promess", y'en a pas un ou ça a fait tilt ? (Association PROMESS: Promotion Musicale d' Epinay-Sur-Seine) PC : Les Cafards version Reggae, comme au début de leur concert à Glaz'art. Moi je me suis dis, tiens, cette musique pour les Cafards, ça leur va bien, et j'aimerais faire un album avec eux comme ça.
S : Qu'est ce que vous avez pensé de Sadicomix ? PC: Sadicomix est un groupe que j'aime beaucoup, depuis longtemps, c'est un groupe qui tourne bien.
S : Quel est pour vous votre meilleur album ? PC: Ben, j'espère le prochain. S : Elle est trop facile celle-la... PC: Le premier sans doute, parce qu'il est très frais, je ne m'occupais pas encore ni de business, ni de commerce, j'en avais den à foutre, j'écrivais comme je voulais. Malheureusement avec les années tu as tendance a penser un peu aux radios, aux maisons de disques, aujourd'hui j'essaye de me débarrasser de cette pensée, d'être totalement pur dans ce que j'écris.
S: Plus pur qu'avant ?
PC : Au premier j'étais pur, 2ème, 3ème, 4,ème et 5ème, j'étais moins pur, parce que tu as quand même besoin du succès et tu as vite fait de comprendre que si tu mets trois gros mots dans une chanson elle passera pas à la radio. Alors, petit à petit tu deviens un peu moins courageux, là j'essaie de revenir à une position plus naïve, plus cool quoi.
S: Coutin il aime bien qu'on lui fasse de la pub, ou il préfère passer comme ça ?
PC : je m'en fout, mais j'ai pas tellement envie de consacrer ma vie à ça, ce que j'aime c'est faire de la musique, voilà avant toutes chose. Oui, je suis prêt à faire des efforts pour pouvoir jouer, tu vois ce que je veux dire ? Mais je ne veux pas non plus passer ma vie à la TV ni à la radio, ni dans des trucs comme ça
S : Y a eu de la pub pour "aimez vous les uns les autres" ?
PC: Oui, mais très peu. À l'époque je ne voulais pas en faire du tout, pas faire de télé... J'ai un peu évolué la dessus, j'ai essayé d'être plus libre dans la façon de faire mon album et d'être un peu plus coopératif avec les médias. Voilà, si c'est ce que tu veux dire.
S : C'est agréable de voir un public encore fou, quand vous interprétez "faime regarder les filles", ça vous fait encore chaud au coeur ?
PC: Oui, ça fait plaisir, et comme tu as pu le remarquer, le public me fout une paix royale, les gens s'éclatent pendant que je chante, et quand je sors de scène, ils me font un petit sourire quand je les croise, j'ai droit a beaucoup de respect de la part du public, peut-être parce qu'ils ne m'ont jamais vu faire le clown non plus. J'espère mériter le respect qu'ils me donne, mais ça me fait plaisir, parce que c'est cool de voir une chanson qui apporte du bonheur aux gens. En plus c'est une chanson qu'est pas minable, je connais des mômes de 15 ans qui s'éclatent dessus, c'est gravement drôle à jouer, et ça reste un plaisir de la jouer et elle passe encore à la radio, je suis plutôt flatté quoi, c'est une chance dans la vie d'avoir fait une chanson comme ça.
S : Et quand elle est sortie, vous n'avez pas pété les plombs ?
PC : Si, un peu Après, quand c'est devenu un succès, j'ai pété les plombs, surtout parce que subitement ça change beaucoup de choses à ta vie, y'avait des gens qui ne te connaissaient pas, qui te connaissent, tu entrais pas dans les clubs. Maintenant tu entres dans les clubs et on t'offre le champagne, tu sors une connerie, les gens qui rigolaient pas la veille rigolent le lendemain, et même certains copains qu'étaient vraiment tes potes t'en veulent parce que tu as du succès, et que le succès quand tu viens de Sarcelles ça pu, quelque part. Donc c'est vrai que ça m'a beaucoup choqué à l'époque, le changement de statut que ça amène d'avoir un disque qui marche. D'ailleurs c'est pour ça que je me suis un peu retiré, parce que je n'étais pas vraiment prêt à affronter ce genre de situation. Ca m'emmerdait plus qu'autre chose, moi mon rêve ça aurait été d'être écrivain, d'être dans mon coin. J'aimerais bien que les gens aiment ce que je ais, mais si je pouvais ne pas être reconnu ça m'ira! aussi quoi. J'ai pas envie d'être reconnu dans la nie, j'ai envie que mon travail soit reconnu.
S: Il est modeste Mr Coutin ?
PC : Non je ne suis pas modeste, modeste ça veut pas dire grand chose, quand t'es artiste tu es forcément modeste, parce, que c'est tellement difficile comme métier, si ça te rend pas modeste, c'est que tu es con. Mais je suis plutôt secret, c'est à dire j'aime vivre tranquillement, et je n'ai pas envie que les gens m'aiment pour ce que je ne suis pas. Donc si les gens aiment ma musique, je suis très flatté parce qu'ils reconnaissent mon travail, je ne vois aucune raison d'avoir la grosse tête, y a pas de quoi être si fier que ça, je suis quelqu'un qui comme tous les gens travaille pour gagner sa vie, essaye d'être heureux, j'essaye de progresser dans mon métier. Quand on me demande des autographes, ça me gène plus qu'autre chose, tu vois, j'aurais envie de donner le disque, en disant voilà, prenez plutôt le disque, parce que je fais de la musique qui s'écoute, donner un autographe je m'en fous, je suis un travailleur comme les autres, dans un truc un peu plus artistique. Je préfère me voir comme ça, et je préfère que les gens aiment ma musique, d'ailleurs qui n'est pas faite que par moi, parce qu'il y a des musiciens avec moi, je crois qu'il faut rester calme, faut rester humble.
S : Voire instrument préféré ?
PC: C'est la guitare, mais j'ai beaucoup de complicité avec les batteurs, quand je travaille avec un groupe je me sert toujours du batteur en No 1, pour communiquer avec les autres musiciens.
S : Avez-vous déjà travaillé avec des musiciens comme Norbert Krief (Nono de Trust), ou Patrick Verbeke ?
PC : J'ai travaillé avec Verbeke, Krief, des musiciens comme Mick Taylor, Chris Pedding (guitariste Anglais de rock) qui a d'ailleurs failli remplacé Mick Taylor chez les Rollings Stone, avec David Grissom qui est le guitariste de John Cougar Mellencamp, l'un des plus grand, oui j'ai- travaillé avec des grands musiciens, et c'est magique un grand musicien.
S : Son idole à Mr Coutin ?
PC : Y en a beaucoup, je suis fan de Dylan, des Rollings Stones intégral, qui est pour moi le plus grand groupe du monde, aussi très marqué par Bob Marley, j'adore toujours les Grateful Dead, qui est mon groupe fétiche, groupe unique, j'aime aussi des trucs comme Fionna Apple, ou Cheril Crow. Je sais que ça fait hurler tout le monde mais j'adore le dernier album de NTM, c'est pas des idoles pour moi, les quelques grands noms, ça reste les Doors, les Rollings Stones, Hendrix.
S : Vous ne m'avez pas cité un français.
PC: Non, mais y a place pour un grand Mr comme Gainsbourg, qui est un grand auteur. Quand j'étais petit j'ai adoré Brassens et Brel, qui restent quand je les réécoute aujourd'hui des gens incroyables au niveau des textes. Et je t'ai cité Bashung et les Rita Mitsouko, comme je les connais je ne les idolâtre pas alors que pour moi Jim Morrisson c'est un dieu mais lointain tu vois.
S: Que pensez-vous de la techno et du rap, ça vous fait quelque chose ou pas ?
PC: Il y a de la techno que j'adore, j'aime aller dans une rave, ou en boite danser sur de la techno, c'est comme tout, y en a qui me plait, y en a qui me plait pas et le rap c'est pareil. Je suis très branché par NTM, Zebda un groupe plein de gaieté, j'ai adoré le 1er album de MC Solaar c'est pas un disque de rock'n'roll, c'est de la variété, mais de la bonne variété. Je ne suis pas un spécialiste, mais j'ai le dernier disque d'NTM, le dernier d'IAM, qui sont de bons albums ou des groupes comme Massilia Sound System qui est plus une sorte de reggae dub ou un truc comme ça. Je trouve que la musique en France aujourd'hui est bien meilleure qu'elle l'était il y a dix ans, alors ça va te paraître bizarre, mais je crois qu'il y a eu les années un peu fastes avec les débuts des Ritas, ou de Bashung, la période ou Gainsbourg était Ià, Trust toute cette période un peu rêvée du rock Français. Après il y a eu un grand trou, avec de la merde, avec des paroles qui ne voulaient den dire. Je trouve que le rap, la techno et les groupes de rock actuels comme Noir Désir, on ramené quelque chose d'intéressant dans la musique Française. Et je trouve que ça n'a jamais été aussi intéressant qu'aujourd'hui. Y en a pour tous les goûts. J'achète un ou deux albums tous les mois, et un sur deux est un album Français.
S : Quel est le disque qui passe le plus souvent sur votre platine ?
PC: Ca va te paraître bizarre, mais le disque qui est le plus souvent passé sur ma platine cet année, c'est le dernier Madonna, voilà. No comment parce que pour un producteur, c'est un disque qui est incroyablement bien produit, le son est à tomber par terre, toutes les dernières technologies sont exploitées dedans, elle chante beaucoup mieux qu'autrefois, avant elle me cassait les couilles. L'aibum que j'ai peut-être le plus aimé cet année, c'est le groupe Tricky.
S: Que pensez-vous de Louis Bertignac ?
PC: Super musicien, super rocker, carrière un peu à la mienne, c'est un des rares mec que je ne connais pas, t'imagine ça, j'connais Aubert Corinne, j'connais beaucoup de monde dans ce métier. Lui, on a dû se croiser, se dire bonjour, mais on a jamais eu l'occasion de faire ne serait-ce un bout de musique ensemble, il fait parti des mecs avec qui je ferais un travail de réalisateur avec grand plaisir, parce que je pense qu'il a un gros potentiel. Si demain on me disait "Coutin", tu peux faire le disque de Bertignac, j'dirais "ben ouai, avec grand plaisir, l'ai beaucoup de respect pour lui.
S: Et pour finir vous acceptez beaucoup d'interview
PC: J'en accepte pas.
S : Si demain, un gros mag de rock, vient vous demander, vous n'acceptez pas? Pourquoi ? PC : Non, parce que j'ai pas le temps, je ferais un effort quand mon album sortira
S : Merci beaucoup, d'avoir accepté de répondre à mes questions.
PC: De rien, Salut, faut que je te laisse, je suis à la bourre. A bientôt.
"Interview réalisé le 28 janvier 1999 à la brasserie de l'Ourcq, Paris 19 par Scalpa, publié dans le Fanzine "Pas touche à l'artiste" N° 00 (contact : fanzine Scalpa : 38, rue de Paris, 92110, Clichy)." |
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